Mon bled
Mon bled, sans majuscule aucune.
“Le” bled, avec une majuscule à Le.
Il avait déjà dix ans quand je suis née.
Il a pourtant suivi une partie de ma scolarité, et même mes tout débuts professionnels. Il a pris sa retraite avant moi. Cause : “obsolète” au dire de certains inspecteurs d’académie.
Obsolète ?
Pas si sûr … à lire les dernières instructions officielles [ou en passe de l’être, enfin disons plus précisément « les orientation pour l’enseignement primaire » ( car il paraît que ce ne sont encore que des propositions même si les manuels scolaires pour la rentrée prochaine sont déjà édités) ] orientations-propositions-déjà presque nouvelles instructions qui préconisent le retour aux méthodes que l’on pourrait qualifier de traditionnelles.
Vous me suivez dans ma prose ?
Hum … pas sûr ! En usant et abusant ainsi de parenthèses et de crochets je ne fais guère preuve de beaucoup de style en matière de rédaction.
Bref, tant pis pour la forme, (et pour le coup de patte aux nouvelles réformes traditionnelles ou aux inspecteurs d’académie, comme il vous plaira de lire entre les lignes.)
Sur le fond, je disais que ce compagnon de classes primaires avec lequel j’ai fait mes humanités de cours élémentaire et moyens a rejoint avant moi l’étagère de mon bureau où il se la coule douce, lui.
Fini. A la retraite. Au rebut « Le » bled.
Le Bled porté sur les fonts baptismaux de chez Hachette, n’était point l’enfant de Jeanne et de Louis, mais bien celui d’Odette et Edouard.
Instituteurs tous les deux, ils se sont rencontrés et aimés sur les bancs de l’école où ils ont fini par engendrer ce petit qui à son tour usera ses pages sur les tables de la communale et même, dans un élan d’égalité, s’usera tout pareillement sur celles de la paroissiale (ça se dit ça ?).
Avant ce fils cadet et enfant prodige, il y eut dans la vie des Bled, Annie et Jean-Paul qui, bien que moins connus, ne doivent pas être trop mécontents du succès remporté par le benjamin, ne serait-ce que financièrement parlant. Bel héritage ma foi.
Héritage qui profita également, il faut bien l’admettre à des millions de petits français qui ont usé leurs yeux sur les lignes serrées noircissant les pages jaunissantes et perdu leur latin en cherchant l’italique, tout en gâtant quelques plumes sergent-major à faire et refaire les exercices qui expliquaient comment « fendre une bûche » à tous les temps du passé et du futur et à toutes les formes de notre belle langue française, sans omettre de conseiller pour le présent de « surveiller le feu pour qu’il ne s’éteindre pas ».
Le bled, ouvrage de français et de morale à la fois, où l’on se devait de décliner à toutes les personnes de l’impératif que l’on ne devait « souffrir aucune malpropreté sur vous, sur vos vêtements, ni dans votre demeure », et aussi de “prendre la résolution d’exécuter ce que vous devez faire et exécutez de ce que vous avez résolu”, qui apprenait aussi à se méfier de l’accent du « fermier (qui) —- rentré les foins »
…
Le 31 août 1991, Odette Bled décède à l’âge de 85 ans. Edouard s’éteint (règle des verbes en indre p.92) à son tour, le 29 décembre 1996, à (a sans accent, à avec accent, 4ième leçon p.5) l’âge de 97 ans.
Le petit Bled lui, continue (présent des verbes en ier-uer p. 85) encore sa route à soixante ans passés, après avoir été le compagnon (m devant m, b, p p. 152) de classe de millions d’élèves attentifs et appliqués ( cf règle d’accord de l’adjectif qualificatif p. 22 du bled CM-6ième-5ièm, édition 1975).
Vingt
millions exactement si on (on, ont p.3) s’en réfère au nombre d’exemplaires vendus à
ce (ce ou se, p.8) jour.
Mais on doit être loin du compte à présent, si l’on considère que chaque (marque le singulier, p.38)
exemplaire est passé dans des dizaines de mains . (surtout hier)
Pour ma part je n’utilise plus le Bled en classe, mais j’en ai toujours un exemplaire dans mes tiroirs de bureau à l’école et à la maison.
J’ai pourtant découvert aujourd’hui-même avec surprise que la petite Molly, arrivée de Grande-Bretagne il y a quatre ans, avait dans son cartable un exemplaire du Bled qu’elle me dit trouver très instructif.
On ne trouve plus aujourd’hui dans les fascicules quelque peu relookés, de feu mais des ordinateurs à éteindre, , plus de blanquette de veau à la cantine mais des hamburgers à la cafétéria, plus de vieux murs lézardés mais des murs d’immeuble élevés …
Comme un petit coup de jeune, quoi !

et pour mon ami DEB la page 129 de l’édition 1975 afin qu’il révise sa forme interro-négative …dans la version de 1990, à la même page 129 exercices 583 et 584 le fermier ne rentre plus son blé mais le routier son camion et ce n’est plus l’enfant qui avoue sa faute mais le mécanicien qui avoue son impuissance à réparer ce moteur.
Le soleil met toujours de la joie dans les coeurs, et il est toujours amusant de se déguiser. Le renard vient toujours paraît-il rôder autour du poulailler et le boulanger pétrit toujours la pâte pendant que le vagabond mendie son pain.


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_____je fais au mieux pour balayer les empty_____
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amb55 dit :
Et demain c’est mercredi.
Vive la semaine des quatre jeudis et des quatre mercredis.
Les élèves qui patinent en orthographe pourront ainsi bénéficier des cours supplémentaires particuliers donnés par les maîtres sur leurs jours de congé dans le sein même de l’école.
Travailler plus, pour gagner plus.
Il n’y a plus cinquante élèves dans les classes aujourd’hui. On n’utilise plus (règle p.55) le Bled dans les classes aujourd’hui. Les enseignants n’ont plus de blouse grise et les enfants s’ils n’usent plus les plumes à copier et recopier des exercices de français apprennent à parler anglais, à pianoter sur les touches d’un clavier de PC, ils chantent des chansons de Ridan ou Renaud et écoutent le saxophone de Charlie Parker, ils étudient les oeuvres d’Andy Warhol ou apprennent à décoder les westerns américains ou les bandes dessinées.
Il est des jours, où moi, la maîtresse, je la regrette la douce époque du Bled et ses longues journées de vacances bien méritées.
Enfin, c’est juste histoire de parler. Juste histoire de dire que sans le Bled et avec seulement trente élèves par classe … eh, bien, nos journées sont loin d’être monotones. Enfin … vous m’avez suivie ?
DEB dit :
Tu vois, quand je te demandais s’il ne se passait plus rien dans ton bled…
On est très bons sur ce coup-là Solange…
Tu me reçois 5/5, magnifique…
Et avec diésel, tu fais quoi ?
amb55 dit :
des fringues ? des chaussures ? je ne sais plus trop. Je ne m’appelle pas Micheline et je m’habille simple et pas cher, moi.
Il est l’heure. J’éteins la radio.
sister for ever dit :
Que de souvenirs… pour moi qui adorais orthographe et grammaire… ce ne sont que de bons souvenirs! ce bled, je le regardais presque comme un livre de chevet. J’en ai connu d’autres pour qui c’était tantôt un livre maudit, quand il fallait apprendre par coeur quelques conjugaisons inusitées; tantôt un recours bienvenu, quand on ne savait plus faire l’accord. Et bien que n’ayant pas enseigné - mais j’ai toujours eu, et j’ai encore, dans mon entourage familial et amical des myriades de profs et d’instits - je pense effectivement que ce type d’ouvrage n’aurait jamais dû être mis au placard! Quoi qu’on pense d’ailleurs du niveau d’exigence qu’on doit avoir sur la connaissance de la grammaire et de l’orthographe, la recherche de la perfection - allons, disons de la quasi absence de fautes - est un excellent exercice mental, très profitable pour la formation de l’esprit. Bon, Sol, tu ne te débrouilles pas mal… je crois que j’ai tout de même trouvé deux ou trois fautes dans ton texte (volontaires ou non??). Allons, je me gausse, c’est d’ailleurs quasi impossible de ne pas faire de faute avec l’ordinateur, sauf à se relire dix fois.. c’est beaucoup trop rapide par rapport à la plume Sergent Major, qui laissait le temps de réfléchir en écrivant! Et bravo pour la leçon d’optimisme - qui n’est d’ailleurs nullement donnée sur le ton «donneur de leçons». C’est vrai que nos enfants… et petits enfants! connaissent d’autres choses que nous, et réciproquement! c’est bien parce que cela nous donne l’occasion de nous épater réciproquement et à tour de rôle. Amitiés.
amb55 dit :
Elles sont d’autant plus involontaires que je n’arrive même pas à les trouver à la relecture.
Bled au secours !
sister for ever dit :
Désolée Solange, j’ai peur d’avoir été mal comprise!! si je me permets une boutade sur les «deux - trois fautes» c’est bien parce que je trouve que tu es un exemple non seulement pour la fluidité du style mais aussi pour l’orthographe et la grammaire impeccables… alors que moi qui me prétends bonne en grammaire et orthographe je suis navrée de voir les fautes que je retrouve dans mes anciens mails! même si c’est souvent un manque de relecture. Alors je te dis ce que j’ai repéré dans ton texte (mais c’était pure malice de ma part, du fait du sujet «le bled» bien sûr!): - «les orientation»: j’appellerais ça une coquille. - «surveille le feu pour qu’il ne s’éteindre pas»: mais là je pensais que c’était volontaire, dans le cadre d’une leçon du bles. - «prendre la résolution d’exécuter ce que vous devez faire et exécutez ce que vous avez résolu»: là j’aurais mis le 2ème «exécuter» à l’infinitif et pas à l’impératif. Mais en fait je n’ai pas le contexte.
Et surtout ne crois pas que je m’amuse à être désobligeante et à faire des remarques sur l’orthographe des mails! quelquefois c’est vrai que les fautes m’arrachent un peu les yeux, mais les gens qui font beaucoup de fautes n’ont souvent pas eu les mêmes conditions que nous pour étudier, et possèdent sûrement des talents que je n’ai pas. Amicalement.
Sister.
Amb55 dit :
no problem une boutade c’est une boutade
c’est vrai que j’en fais des fautes et pas mal au clavier effectivement. Au tableau noir aussi, ça m’arrive
et ils sont quelques-uns à me le faire remarquer malicieusement.
J’ai pour excuse mon grand âge et ma presbytie montante. Mais les enfants ne s’y trompent pas et cela leur donne l’occasion de venir au tableau corriger la maîtresse.
On voit mieux les fautes des autres que les siennes, c’est vrai. ça doit être comme les défauts
N’aie crainte, je ne te prends pas pour désobligeante, je sais aussi avec malice mettre le doigt sur les méprises des autres (et les doigts dans les prises de temps en temps.)
Tant que le courant passe, on peut en sourire, n’est-ce pas ?
Et tu as raison pour la suite aussi. Heureusement que l’orthographe n’est pas un critère de réussite …Moi, par exemple la maçonnerie, l’électricité ce n’est pas mon truc, et quand une ancienne élève me fait une coupe de cheveux parfaitement réussie, je suis bien contente. Amitiés à toi aussi, QM.