Re-crue des sens (à J.Babar)

Alors si les sens s’en mêlent
classé dans ” ♥quelques poèmes”

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Quand
on a plus d’inspiration –et je ne suis pas la seule, n’est-il pas ?- il y
a deux solutions : soit on parle politique, soit on ressort les cadavres
des placards.
Bon,
la politique, j’ai déjà dit, je ne m’y entends guère, et d’autre part j’ai beau
aimer le fantôme de l’opéra, chez moi, point de cadavres. Seulement des
dizaines et des dizaines d’articles de presse soigneusement découpés, classés,
collés et rangés dans des classeurs avec les pellicules photos, à l’époque,
développées par mes soins et glissées dans des pochettes plastiques
compartimentées réservées à cet usage.
Donc,
aujourd’hui, et comme mon article sur la crue a remporté tous vos suffrages en
dépassant allégrement les 200 clicks je vous sors ma nouvelle re-crue.
Cinq
ans plus tard, le bébé-couveuse est maintenant une jolie petite fille. Vive,
joyeuse et bavarde. Elle est, en cette année 1987, comblée, car une autre
petite fille est arrivée depuis maintenant deux ans, et partage sa vie, ses
jeux, ses rires … D’ailleurs cette petite fille, que Richard Clayderman jouait
sur son piano, est une fan absolument admirative de sa grande sœur qui elle
aussi jouait du piano à ses heures.
La
petite Adeline n’avait point choisi de naître sous les eaux, non, non. Elle
avait préféré rentrer de plein pied dans la vie, un lundi de Pentecôte. Mais,
là, n’est pas le plus marquant. Le plus marquant, c’est que ce lundi de
Pentecôte, était aussi un jour de foire de Rouillac. Tout est dit, n’est-il
pas ?
Ah !
Si vous me lisez depuis le Sud du Sud Ouest, ou de plus loin encore, la foire
de Rouillac ça ne vous dit probablement rien. Alors sachez que lorsque Rouillac
fait la foire c’est toute la ville qui chante aux couleurs des parasols
bariolés et au son des disques musettes. La foire du vingt sept ! Suffisamment fédératrice pour avoir donné
son nom à la salle de spectacles qui, poussée comme un champignon dans ce gros
bourg rural, a tout d’une grande par
ses programmations dignes d’intérêt et sa fréquentation.
Une
chaleur cette année là en ce joli mois de mai !
On
ne parlait pas encore de réchauffement planétaire ni de canicules
exterminatrices, mais je vous dis ! Quelle chaleur !
Les stades aussi s’enflammaient et je ne peux
m’empêcher en évoquant la naissance de ma petite Adeline, de repenser à la
tragédie du Heysel découverte lors des actualités sur l’écran de télé dans la
chambre de la maternité. Trente huit morts provoqués par la folie des
supporters anglais attaquant une tribune italienne et provoquant la chute d’un
mur.
Bon, voilà donc un petit tour dans ma vie de
correspondante en grillant les étapes chronologiques, mais à vrai dire,
l’actualité fleuracaise tournait toujours autour des mêmes titres…
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1982 ! Sacré millésime à ce qu’il paraît …
1982 fut surtout marqué pour moi par un déménagement et pour la Charente par ce qui fut la crue du siècle.
La fin de l’année approchait et comme j’ai déjà dû le préciser quelque part en amont, un heureux événement s’annonçait pour l’année à venir.
Au niveau « journalistique », calme plutôt plat dans ma petite commune.
Calme plat mais pluie à gogo comme sur tout le département, où décembre venait de subir trois épisodes pluvieux particulièrement importants. La petite Guirlande (nom du ruisseau qui traverse mon village) avait investi les prés tandis que la Charente réitérant sa demi-prouesse de janvier- février venait cette fois de réussir son coup en transformant l’essai qui allait devenir la crue du siècle.
Alors que les Charentais commençaient à préparer Noël, le fleuve tranquille, sournoisement, insidieusement quitta son lit et, s’il n’arriva pas à la vitesse d’un cheval au galop, il prit toutefois les riverains par surprise. Personne n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre.
On avait bien l’habitude de voir certains hivers les rues coupées, dans les secteurs de Montignac, le Gond Pontouvre puis plus en aval d’Angoulême de Jarnac, Cognac, mais de là à voir dans certains chais des tonneaux emportés par le courant, ou encore la ville de Saintes complètement sinistrée cela tenait de l’impensable. 1904 n’était plus guère dans les mémoires et de toute façon on a toujours du mal à croire que les catastrophes peuvent se reproduire.
Le dimanche 19 décembre, à Fleurac, il n’y eut rien de vraiment mémorable, si ce n’est le repas des personnes âgées, auquel je me rendis histoire de faire une photo pour Sud-Ouest.
J’eus droit aux questions gentillettes de certaines mamies curieuses de savoir « alors c’est pour quand ? Février ? ah, bien vous avez encore le temps. En effet, ça ne se voit guère, vous avez encore le temps de prendre du poids … Ah pour sûr, ça sera un garçon. Vous croyez, ah, non plutôt une fille » et j’en passe.
Bon … je vous raconte ma vie, là.
Plus rien à voir avec le journal, plus rien à voir avec mon village. Je n’ai pas la prétention à moi toute seule, d’alimenter la vie locale, mais bon, puisque c’est de moi dont il s’agit et de mes mémoires …
J’étais en vacances depuis la veille. Je passai tranquillement le reste de la journée à préparer le sapin de Noël.
Il s’était remis à pleuvoir. Le déluge ! Quarante millimètres, rien que pour la journée. Un record. Un record surtout pour la pluviométrie totale du mois jusqu’à ce jour qui s’élevait alors à 213 millimètres.
…
Bref, tout cela pour dire que pour moi aussi, les grandes eaux n’allaient pas tarder.
Dans la nuit du 19 au 20, ce fut l’inondation jusque dans ma chambre à coucher, signe annonciateur que Bébé, prévu pour février était en train de suivre le mouvement de crue et frappait à la porte avec un mois et demi d’avance.
Après quelques hésitations, puis la confirmation par le médecin venu en toute urgence, il fallut partir en catastrophe au petit matin du 20 décembre, direction Angoulême.
Alors qu’à l’auto-radio de la voiture, Radio Arc-en-Ciel faisait déjà moult détails de la situation qui s’avérait catastrophique, il fallait se décider, et vite, pour mettre un prénom sur cet enfant pressé d’arriver. J’avais déjà mes petites idées là-dessus. Heureusement.
Pour rejoindre la maternité il fallait traverser toute la ville coupée par le fleuve depuis le secteur des Planes, pour ceux qui connaissent. Heureusement, pour avoir vécu à Angoulême un certain nombre d’années, je pus, entre deux douloureuses contractions, indiquer à mon chauffeur, futur papa en l’occurrence, quelques rues transversales qui pourraient permettre de contourner les voies inondées. L’heure était grave malgré tout. Il fallut même emprunter des sens interdits.
Je vous passe les détails.
En début d’après-midi enfin, Cécile est née. Elle attendit sagement, au chaud dans une petite couveuse, que la Charente retrouve son lit et ne put hélas pas profiter de son premier Noël à la maison.
Mais après les quelques craintes des premiers jours, je pus la ramener à Fleurac, minuscule petit paquet de deux kilos dans sa petite robe de laine blanche et ses petits collants bleus, toute bronzée déjà par les lampes solaires de la couveuse.
Elle eut droit quelques jours plus tard à son petit encart dans le journal. Hé !
L’encart fut tout petit.
Mais pour moi, ce fut la nouvelle la plus belle de l’année … entre cru exceptionnel et crue exceptionnelle.