-Intro- : Pour vous
situer un peu le contexte de l’article que je scannerai les jours
prochains, et vous faire découvrir les dessous
de notre boulot de terrain…
Un soir sur les 20h, coup de téléphone :
Un monsieur que je ne connais pas, qui ne me connaît
pas puisqu’il commence ainsi, comme la plupart de ceux qui sonnent chez moi
pour la première fois :
“-
Je
suis bien chez la correspondante du journal ?
-
Oui,
monsieur
-
Je
voudrais que vous veniez chez moi pour mes pigeons.
Quelque peu surprise :
-
Oui,
c’est pour quoi exactement ?
-
Ben,
c’est parce que mes pigeons se font tous bouffer, et je commence à en avoir
marre
-
Ah,
oui, mais là … je ne vois pas trop ce que je peux faire pour vous …
-
Je
suis colombophile vous comprenez, j’élève des pigeons de concours et depuis
quelque temps ils se font tous massacrer par des faucons crécerelles. Alors il
faut que vous en parliez dans votre journal, sinon, je vais porter plainte et
que ça ne se passera pas comme ça ”
Ouhfh ! Voilà bien une première. On ne me l’avait
encore jamais faite celle-là.
Porter plainte
contre des faucons crécerelles ! Enfin, c’est ce que je me plais à imaginer.
D’ailleurs sur le ton de la plaisanterie, je lui
souffle que
« de toute façon, ses faucons, comme ils ne lisent pas le journal …»
mais bon, je ne souffle pas davantage car je sens
bien que le bonhomme n’est pas d’humeur à plaisanter.
Je décide alors d’en savoir plus long et laisse
parler le monsieur très remonté contre les faucons.
“- Je peux vous jurer que c’est vrai, c’est mon voisin qui les voit faire.” Et de m’expliquer que le voisin, depuis sa fenêtre, voit les faucons descendre en piqué sur les pigeons dès que ceux-ci mettent le bec dehors.
Alors si le voisin se pose en délateur …
J’avance quant à moi,
prudemment, quelques arguments en faveur des coupables présumés. Sans être
experte en la matière j’ai du mal à croire une pareille chose. Le faucon crécerelle que j’observe souvent me semble affectionner plutôt la chasse au sol des mulots et autres rongeurs en pratiquant le vol en saint-esprit plutôt que la chasse en bombardier. Le bonhomme est
chasseur, par conséquent, je le soupçonne de parti pris à l’encontre des
rapaces en général. D’ailleurs les buses en prennent aussi pour leur grade par la même occasion.
Je vais donc devoir moi, dans mon canard, me faire
l’avocate de ces diables de faucons et leur redonner bonne presse.
Je sens que l’affaire va être corsée.
Le monsieur, ponctue mes arguments de rires moqueurs à mon égard. Ma parole à côté de celle du voisin… vous pensez ! Il insiste pour sa part, sur les dégâts occasionnés, dont je ne doute pas évidemment, et je sens bien que le passionné de colombophilie qu’il est, est parfaitement
chagriné et qu’il cherche désespérément une solution ou tout au moins, à
avertir l’opinion pour que quelqu’un lui propose des solutions.
Finalement l’affaire me plait bien. Si le journal
peut servir aussi à ça, et surtout si je peux lui faire changer d’avis sur les crécerelles, pourquoi pas …
Nous prenons rendez-vous.
Entre temps je consulte les responsables de Charente
Nature pour avoir d’autres arguments à avancer lors de l’entrevue qui promet d’être animée. Ils sont trois, dont Danièle, la spécialiste du centre de Torsac à me confirmer que les petits faucons ne peuvent pas être tenus pour responsables. Je mets mes rédactions au courant de l’affaire pour déterminer la
place à accorder au papier et par conséquent quel développement donner à mon écrit.
Dès le lendemain, me voilà en route, sur mon vélo pour le village
voisin du mien.
Il fait beau. Les rapaces en effet sont assez
nombreux sur le secteur. Les crécerelles se reconnaissent facilement à
leur vol rapide et surtout à leur façon de faire le saint-esprit lorsqu’ils ont
repéré une proie.
Les buses sont nombreuses aussi. Quand elles ne se
tiennent pas, immobiles, à l’affût sur
un piquet de vigne, elles planent en altitude profitant des courants pour se
déplacer. J’ai une affection particulière pour ces oiseaux depuis qu’en Lozère,
un ami berger m’a fait découvrir les vautours. J’ai appris leur utilité dans la chaîne alimentaire,et surtout j’aime rester de longs moments à admirer la majesté de leurs ballets aériens.
En Charente je n’ai que les busards pour me rappeler le vol de ces
grands oiseaux au-dessus des hauts plateaux du Causse, mais quand ils sont si
haut dans le ciel, mon imagination me transporte assez facilement là-bas, dans
cette région que j’aime tant.
Les responsables de CN m’ont aussi parlé de la
présence certaine d’autours et d’éperviers qui pourraient être les principaux responsables des meurtres de pigeons, en l’absence dans nos régions du faucon pèlerin, seul de son espèce à pouvoir éventuellement s’attaquer fatalement à des pigeons.
…
Bon, je m’égare là. Qu’est-ce que je suis bavarde …
Et ce n’était que l’intro …
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